Festival de Cannes 2009

11 mai 2009

Mise en bouche

1949... une cythare retentit dans le Vienne en noir et blanc.

1959... une guitare fait lever le soleil sur Rio

1969... deux bikers se rendent au carnaval de la Nouvelle Orléans

1979... dans la jungle, le commandant Kurtz pète les plombs

1989... dans ce qui n'est pas encore l'ex-Yougoslavie, les Roms ont un voyage à faire

1999... la movida reste toujours ce qu'elle était

2009... attendons encore quelques jours


Découvrez Orson Welles!

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14 mai 2009

PREMIER JOUR

Où le journaliste, parce que logé à la même enseigne, retrouve ses marques et même celles qui ne sont pas les siennes, avant d’adresser une carte postale

J’aime bien l’expression " descendre à l’hôtel ". Elle a un certain cachet, un côté XIXe siècle qui me plaît. On imagine la calèche, le fiacre, le haut de forme et la valise pleine peau à gros fermoir cuivré. L’hôtel dans lequel on descend est forcément baroque avec des rombières qui prennent le thé au jardin d’hiver pendant que de jeunes filles en fleurs jouent au croquet. Bref ça fleure bon la Riviera néo-victorienne et ça a beaucoup plus de gueule que le prosaïque " au sortir du taxi je me suis retrouvé dans le hall de ma résidence hôtelière habituelle, celle où l’ascenseur tombe en panne et où dans la chambre une prise de courant sur trois fonctionne."

C’est pourtant ainsi que j’ai vécu mon arrivée cannoise. Donc " descendu " au même hôtel, avec la même chambre – ou presque : d’un an sur l’autre je ne me souviens pas du numéro – mais en tout cas au même étage et avec même vue sur 05_13la piscine. D’ou la photo....

Qui va forcément faire débat entre au moins deux lectrices. Pam est adepte d’un changement annuel de thématique. Et comme j’avais envisagé – justement – l’auto cliché devant le miroir de la salle de bain, elle trépigne. De l’autre côté Dani est prête à voir n’importe quoi d’autre (un bout de tapis rouge, un palmier voire la piscine 2e saison) plutôt que ma trombine.

Pour l’heure je reste dans l’anonymat et je poste tout de même deux clichés de mes valises : sur le quai de la gare de départ, sur le canapé de ma chambre à l’arrivée. Débrouillez vous avec.

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Ceci dit la récurrence des lieux a du bon : c’est rassurant pour retrouver ses marques, son petit confort et ses habitudes de résident provisoire. Au rang de ces choses habituelles, il y a la grosse enveloppe plastique à mon nom. A l’intérieur se trouve mon accréditation (rose pastille, comme d’hab, ma photo d’identité moche, comme d’hab, le numéro du casier presse… le même depuis l’an pèbre comme d’hab itou) sans laquelle à Cannes on n’est dégun et aussi les catalogues officiels dans lesquels, là encore je retrouve non pas " mes " mais " des " marques qui ne sont pas forcément les miennes : L’Oréal, Dell, Renault… ils sont tous là. Même le supplément gratuit de nos confères Le Monde. Me manque les Cahiers du Cinéma et Télérama et j’aurai la panoplie complète.

Une fois pris possession des lieux, je me suis précipité voir Là-haut le film d’ouverture, croisé quelques contacts. Et puis j’ai envoyé une carte postale. C’est un truc qui remonte là encore à plein de festivals passés. Le premier jour, je fais un papier d’ambiance intitulé " Carte postale ". Suffit de faire un aller retour sur la Croisette, de discuter le bout de gras avec des gens qu’on connaît ou pas et surtout d’ouvrir les yeux et c’est plié. J’ai pris cette habitude auprès de mes petits camarades du service des sports. Lorsqu’ils accompagnent l’OM en coupe d’Europe, ils écrivent une carte postale aux lecteurs. Moi pareil. Sauf que c’est toujours la Croisette. L’exercice de style reste non plus l’angle mais bien le point de vu. Et le point de vu, ça compte. Surtout au cinéma. Et encore plus à Cannes. Lui aussi, faut qu’il trouve ses marques. Mais fastoche : il suffit d’avoir les yeux grands ouverts.

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Bonus Video : Y a une place libre là ou pas ?

Les grands moments du Festival de Cannes : trouver une place libre dans l'Auditorium Louis Lumière lorsqu'on arrive en retard. Exemple :

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15 mai 2009

DEUXIEME JOUR

Où le journaliste se retrouve fort perturbé parce que le festival se trouve à l’étroit.

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On l’a dit et écrit sur tous les tons : le festival manque d’espace et cruellement de salles de projections. Certes, on a installé sur la terrasse du Palais, une salle (Bunuel) il y a quelques années. C’est celle où on se les gèle régulièrement parce que depuis son inauguration on est infichu de régler la clim comme il faut. La salle Bunuel est sans aucun doute la seule salle de cinéma au monde où l’air frais se propage en Dolby 5.1. Un méchant courant d’air vous arrive de la gauche, gagne le centre et file vers la droite. Frissons garantis manière " hola " pour les spectateurs, rhume assuré et grippe possible. (Rappelons que Bunuel auquel la salle est dédiée a tourné quelques belles bobines au Mexique).

Il y a également " L’espace Méditerranée " depuis peu. A la manière d’une principauté monégasque, on a gagné sur la mer pour édifier un vaste ensemble. Mais il est dévolu au Marché du Film et à son business. Pas question d’y entasser 4000 journalistes en mal de projos. Donc le festival est à l’étroit. Il suffit d’un truc pour que l’onde de choc se répercute sur le boulot. Le truc en question, hier, c’était à 19h30 la séance d’ouverture de la section Un Certain Regard en la salle Debussy. Et donc, forcément, la projection presse de 19h00 qui se tient normalement dans la dite salle a été remise… à plus tôt, 16h30 pour être précis.

Mine de rien, c’est un truc on ne peut plus perturbant. 16h30, ce n’est pas une heure de journaliste pour une projo presse. C’est le moment où il écrit ou livre sa prose. Ce n’est pas non plus une heure de chrétien pour Asia Argento (c’est l’heure où elle ouvre un œil – généralement le gauche) ni une heure pour les fêtards désireux de se faire une toile avant de repartir bringuer puisqu’ils en sont généralement au ptit punch. Je le dis tout net, 16h30 ce n’est pas une heure du tout. Mise à part la sortie des écoles et le goûter cette heure là n’aurait même pas le droit d’exister.

Sauf qu’il faut faire avec et que ce n’est pas facile. Certes, on s’adapte, on gère et ce matin ce sera pire (du moins pour ceux qui, comme moi veulent enchaîner le Jane Campion de 8h00 avec le Marina de Van de 11h00) puisque aujourd’hui c’est re-belote avec Ang Lee à 16h30.

Cela peut vous paraître totalement superfétatoire mon délire horaire mais sachez que, dès que vous posez le pied sur la Croisette, votre horloge biologique se règle par atavisme sur un tempo bien précis. Bref, depuis hier je suis autant perturbé que lors du passage à l’heure d’été ou à l’heure d’hiver. Le drame, enfin, mon drame, c’est que le jetlag bi-annuel pour raison d’économies d’énergie, je mets une semaine à m’en remettre. S’il se produit le même phénomène à cause de ces deux foutues projos de 16h30 je vais reprendre mon rythme cannois normal… une fois le festival terminé avec des conséquences improbables et des effets collatéraux forts perturbant : vous risquez de me voir planté devant un écran à 8h00, de m’y retrouver à 19h. Entre temps je risque de déambuler sur le Vieux Port sur le coup de 11h et de 18h cherchant à monter sur un pointu pour y boire un coup.. C’est vers 16h que je vais commencer à écrire mes papiers. Mais le pire, c’est que je risque, au réveil, d’être d’une fort méchante humeur parce que la femme de chambre aura oublié de me porter le petit dej européen avec l’édition du jour de Variety.

Vous voilà prévenus

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16 mai 2009

TROISIEME JOUR

Où le journaliste mouille sa chemise mais pas que ça avant de plonger dans un bain de jouvence.

Et donc la pluie. Tenace, copieuse, insidieuse et surtout, ponctuelle. Il bruinait au sortir de l’hôtel mais à peine avais-je mis le nez dehors que la saucée se faisait intempestive, orageuse, tumultueuse et persistante.
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Bref, c’est trempé comme une soupe que je suis arrivé au Palais. Entre temps, sur mon parcours, en lieu et place où d’habitude se tiennent les traqueurs d’invits, mon bout de Croisette s’était transformé en centre commercial spécialisé dans la vente sauvage de parapluies. On notera au passage la réactivité des chalands de Vintimille à proposer ainsi à la sauvette et à la va vite des produits exotiques entièrement made in Taiwan proposés par une équipe force de vente from Bamako.

Les intempéries ont eu au moins un mérite, celui d’apparaître enfin comme un journaliste capable de mouiller sa chemise y compris durant le Festival de Cannes Avec le jean détrempé, le sac inondé et les godasses transformées en gondoles vénitiennes, si je n’obtiens pas cette année le Prix Pullizer c’est à désespérer de tout. Dores et déjà je postule pour le Prix Nathalie Rihouet avec mention abnégation.

Aujourd’hui comme hier, jet lag total à cause de ses foutues projos de 16h30. Je ne décolère pas parce que les premiers jours du festival sont cruciaux et que ce changement me déglingue totalement.

L’autre truc qui m’a déglingué hier, c’est le film de Ang Lee Taking Woodstock. Pas tellement pour ses qualités cinématographiques. Depuis le magnifique Sucré salé, le savoureux cinéaste asiatique est devenu un vulgaire faiseur hollywoodien, mais parce que l’ambiance 69, sur les vieux cons comme moi, ça marche toujours. Quand Lars von Trier me fait le coucher de soleil avec Night in white satin derrière, je fonds. L’autre soir, avec Bright Star, j’ai eu droit au cover de California dreaming et là, dans ce qui serait le " making of " de Woodstock on suit les trois jours de peace and music avec les échos lointains de Richie Heavens, Ravi Shankar, Country Joe and The Fish. Bref j’ai quitté la salle en chantant Volunteers de Jefferson Airplane et c’est avec le Greatfull Dead dans les esgourdes que j’écris ce post. On aura beau me dire que tout ça c’est vieux de quarante ans, je m’en fiche. C’est ma jeunesse à moi et il aura beau agiter ses épaules, le petit Nicolas, c’est pas demain la veille que je ferai l’impasse sur cet héritage là.

Totalement shooté à la nostalgie je me suis retrouvé naturellement salle Debussy pour découvrir la copie restaurée de The Red Shoes cet incunable signé Michael Powell et Emeric Pressburger. Une séance spéciale présentée par Martin Scorsese. Du film, je gardais le lointain souvenir d’une vision au Cinéma de Minuit de France 3. Le voir sur grand écran, au milieu de stars (Edward Whinkler , James Gray, Rosana Arquette) et des descendants de cette génération sans laquelle ni Hollywood ni le Technicolor n’auraient forgé mes souvenirs cinéphiliques (assistait également à la projo le fils de Jack Cardiff, l’un des plus grands chef op récemment disparu auquel Martin Scorsese a dédié la soirée) m’aura fait oublier les intempéries du matin. Si à Cannes on mouille parfois sa chemise, on peut aussi y prendre du plaisir.

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BONUS VIDEO # 2

Au palmarès des grands moments cannois, il y a celui qui se répète quotidiennement : un clic, une connection modem avec le journal et les articles du jour sont livrés. La journée est finie... du coup on peut aller au cinéma. Ou pas.

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17 mai 2009

QUATRIEME JOUR

Où le journaliste voit le festival attirer les badauds et envisage une reconversion avant de faire une petite pause bien méritée

L’équation est simple, impérissable et finalement toujours vérifiée : week-end + soleil + festival = foule.

16_05 Hier, il était difficile de circuler sur La Croisette où se pressait la foule des grands jours. Et avec le dimanche qui arrive, cela risque d’être pire puisque Johnny Hallyday et, beaucoup plus tard, Sophie Marceau avec Monica Bellucci sont attendues sur le tapis rouge. Faire le trajet Nogha Hilton – Palais risque de tourner à un steeple chase avec plein d’obstacles à franchir et contourner : de la baraque de frites à la chanteuse de rue en passant par justement les passant qui ne passent pas. A Cannes, il y a ceux qui marchent, ceux qui les gravissent et ceux qui restent tanqués. Il peuvent rester des plombes devant le Martinez pour tenter d’apercevoir Michel Denisot, s’installent parfois dés potron-minet au pied des escaliers du palais pour ne rien perdre des séances officielles. Parmi les accrédités, il est assez tendance de se moquer de cette beauf attitude qui s’en vient regarder le cinoche faire son cinéma. Il est vrai qu’on en croise des gratinés mais finalement, et en proportion, on s’en coltine autant en plein mois d’Août au Lavandou. Ce n’est pas tant la foule des badauds qui me fout en rogne, mais bien les marchands du temple qui gravitent autour. En ces jours d’affluence la moindre bouteille d’eau minérale se vend au prix d’un verre de Bordeaux, les posters des films, les photos de vedettes, les tee-shirts les casquettes, les imitations Chanel et les serviettes de bain estampillées Cannes…tout se vend, ou cherche à se vendre le long de la Croisette ou sur la Rue d’Antibes. J’ai bien envie, l’an prochain, histoire d’arrondir mes fins de mois, de proposer à la sauvette des boules à neige avec le palais des festival en lieu et place de basilique. Si ça se trouve, ça risque de marcher. Faut que je dépose le concept avant qu’un margoulin me le pique.

Photo0301 Un rien éreinté à jouer le brise glace en fendant la foule et avant la reprise des hostilités c’est-à-dire une projection, je me suis ménagé une pause histoire de marquer quelques soupirs. C’est au camp de base numéro 1 que je me la suis accordé. Le camp de base en question est pile poil à mi chemin entre l’hôtel et le palais. C’est une brasserie comme une autre, c’est-à-dire bondée et qui propose tous les vendredis des soirées karaoké. Mais, allez savoir pourquoi, au-delà de sa situation géographique idéale, c’est un lieu agréable avec un personnel aimable et des tarifs corrects. A l’heure de l’apéro, on vous offre la tapenade et la terrasse est suffisamment vaste pour que les fumeurs s’adonnent à leur vice sans emboucaner les tables voisines.

C’est donc assis à cette terrasse que j’ai parcouru le Variety du jour, bu une bière blanche et réfléchi à ce que j’allais écrire sur le blog. Et qui s’avère être en fait ce que vous êtes en train de lire.

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19 mai 2009

CINQUIEME JOUR

Où le journaliste semble en perte de vitesse mais se rattrape in extremis.

5_jourLe regretté Peter Ustinov avait coutume de dire : " A Cannes, je passe mon temps à rencontrer tous ceux que je fuis tout au long de l’année ". Loin d’une telle misanthropie, je passe tout de même mon temps , enfin l’espace qui m’est imparti entre deux projos et une séance d’écriture, à rencontrer des gens pour parler cinéma puisque ici on ne parle que de cela. Invariablement la question tourne autour du " qu’est-ce que tu as vu de bien ? ", " tu es là depuis quand ? " " est-ce que tu sais si untel est là ? ". Je vous fais un package des réponses : je suis là depuis le début. J’ai vu de bien le Park Chang-wook, le Jacques Audiard et le Ken Loach. Les films de Lou Ye et de Andrea Arnold sont pas mal non plus. Le Guédiguian aussi. Mais je n’ai pas vu un paquet de films, et entre autres, ceux que j’avais très envie de voir : le Marina de Van, le Pedro Costa, le film d’Alain Cavalier. Faute de temps, de disponibilité. Le plus terrible, lorsqu’on travaille dans un quotidien, c’est qu’il paraît tous les jours. La gestion du temps d’écriture, qui implique un retour à l’hôtel est frustrante, les horaires à la con style projo à 16h00 vous foutent dedans.

connectionsAjoutons y quelques problèmes techniques de liaison avec le journal pour cause de saturation du réseau, une gestion pour le moins approximative des prises de courant dans la chambre (sur les cinq il n’y en a que deux qui sont alimentées) et c’est la galère totale assurée.

Du coup, alors que le Festival arrive à mi parcours, mon bilan est des plus mitigés. Je connais bien le syndrome du milieu du gué (il revient chaque année). Je me dis qu’il me reste la deuxième partie du festival pour me rattraper et une saison entière de cinéma pour récupérer les films dont on me parle que je n’ai pas vu et ceux que je rêvais de voir et qui ne sont plus programmés sur le festival. Dans le genre objectif de travail pour les mois qui viennent, on doit trouver pire.

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BONUS VIDEO #3

Dans notre série les grands moments du Festival de Cannes, voici notre rubrique, il n'y a pas que le cinéma dans la vie... Y a aussi le foot. Et lorsque l'OM rencontre au Vélodrome l'OL pour un match décisif du championnat, les télévisons de la salle de presse se mettent à l'heure du match... quelques heures avant la projection de "Looking for Eric". Comme un teaser inconscient

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20 mai 2009

SIXIEME JOUR

Où le journaliste, pas forcément au courant, prend certains films par défaut, ce qui est toujours préférable à les prendre par dépit.

6_jourIl était quatorze heures et des brouettes à ma pendule lorsque tout à coup, la panne de courant est intervenue. L’écran de l’ordi a pris un petit coup de mou. Au loin, des systèmes d’alarme se sont déclenchés. Et la télé qui diffusait CNN en sourdine a fait game over. Après l’ascenseur de l’an dernier, je me suis dit que quelqu’un avait du faire disjoncter l’hôtel tant il est vrai que le pètage de plomb est un exercice courrant sur La Croisette. Un quart d’heure plus tard, alors que l’électricité n’était pas revenue, les news, elles, débarquaient. Les électriciens un peu en colère contre le démantèlement du service public venaient de se livrer à une coupure sauvage sur Cannes. Il y avait même une manif sur la Croisette solidement encadrée par les Dark Vador du ministère de l’Intérieur. Bref, Cannes était plongée dans le noir (quoiqu’en mai à 15h00 il fait grand jour) mais surtout, que cela risquait de durer.

Ma solidarité avec les gaziers et électriciens n’est pas veine. Mais là, en voyant le niveau de charge de l’ordinateur fondre à chaque retour ligne, j’ai commencé à flipper sévère. J’ai donc actionné le plan B, fait cinquante mille sauvegardes de la précieuse prose, battu le rappel des troupes. Un peu dépité tout de même. C’est vers 17h00 que fiat lux est revenu.

A propos de dépit, doit on être dépité par certains films ? Le Lars von Trier, par exemple. Le Danois est doué, certes, mais son Antechrist ne m’a pas du tout convaincu. C’est le coup de la douche, au tout début du film, après un magnifique prologue il est vrai, qui m’a fait hausser les sourcils. L’insert – sans jeu de mot – d’un stock shot comme le cinéma porno teuton des années 70 dans la dite scène fait basculer le film dans la provoc roublarde. Cet artifice, limite marketing et buzzant, me laisse circonspect. Du coup le grand guignol gore qui parsème le film m’indiffère. Problème aussi avec le film du Philippin Mendoza. J’aime ce cinéaste et j’ai ardemment défendu Serbis ici même l’an dernier. Mais j’ai l’impression qu’avec Kinatay il se tire une balle dans le pied. Poussant sa démarche radicale il atteint là les limites d’un procédé qui demeure sa " touche ". Sauf qu’ici ça devient plutôt une marque de fabrique. Dans un autre registre, le Almodovar millésime 2009 est on ne peut plus fabriqué. Etreintes brisées me semble largement en deçà de ce que le cinéaste avait pu nous offrir naguère (Tout sur ma mère, Volver). C’est beau, superbement filmé, mais je suis resté sans vraiment ressentir des émotions avec un scènar aux rebondissements téléphonés. Un peu avant que débute le Festival, on disait que cette année Almodovar aurait la Palme qu’il aurait mérité pour ses films précédents sur La Croisette. Appelons cela le syndrome Angelopoulos, palmé pour L’Eternité et un jour, superbe au demeurant, mais qui n’arrive pas à la cheville de Le regard d’Ulysse. Si le festival (du moins son jury) nous fait le coup de la Palme par défaut, faudra-t-il alors être dépité ?

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